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Historique des éditoriaux:

Numéro 75

  du 05 / 04 / 2015 par Jean Etèvenaux

Présentation:

Après un petit dépaysement dans le Haut-Bugey en venant, le temps du week-end du 28-29 mars, au Salon du livre de Nantua, notre réunion qui le suivra de quelques jours permettra de nous retrouver le jeudi 2 avril. Nous serons réunis autour de plusieurs auteurs et nous mettrons plus particulièrement en valeur la poésie à travers le lauréat du Prix André Seveyrat, Maurice Riguet, que nous honorerons lors de cette soirée.

Il est important de rappeler l’attachement que nous vouons à la poésie, soutenus par la volonté constante de Danièle Seveyrat, non seulement en quelque sorte gardienne du Prix mais aussi fidèle de nos réunions. C’est donc ici l’occasion de redire quelques mots sur cette reconnaissance que nous voulons manifester à ce genre trop discret — et peu prisé des éditeurs — qu’est la poésie.

Comme le stipule l’article 1er du Règlement, il s’agit tout simplement de perpétuer « la mémoire du journaliste et écrivain André Seveyrat (1940-1982), l’un des fondateurs de la Sélyre lorsqu’elle s’appelait Association des auteurs et écrivains lyonnais (AAEL) et lui-même poète ». Pour y participer, il suffit que « les candidats envoient, au plus tard le 1er décembre, leur ouvrage en double exemplaire au siège de la Sélyre ». Seule condition : que le livre ait été effectivement édité.

Il convient donc que tous les poètes intéressés — ou poussés par leurs amis ! — se fassent connaître, étant entendu qu’« aucune référence à l’environnement régional n’est demandée ». Cela signifie concrètement que peuvent se présenter des auteurs de l’ensemble du monde francophone, précision particulièrement bienvenue puisque, du 14 au 22 mars, est célébrée la semaine de la langue française et de la francophonie, d’ailleurs élargie à tout le mois chez nos cousins canadiens.

Amis poètes, la Sélyre est aussi votre maison !

 

 

 

Coup de cœur pour La lecture des pierres

Le livre est parti de la collection Roger Caillois au Muséum national d’histoire naturelle de Paris, accompagnés de ses célèbres textes Pierres, L’Écriture des pierres et Agates paradoxales. Essayiste et académicien Roger Caillois se passionne pour les formes du monde minéral. Dans l’introduction, Massimiliano Gioni, conservateur du New Museum de New-York, nous dit que Caillois « cherche dans les pierres de sa collection et dans les spécimens si chers aux souverains et aux scientifiques une beauté spontanée, existant sans rien devoir aux humains, “un chiffre secret de l’univers“ émanation directe de forces impalpables comme l’aboutissement de siècles de chaos et de hasard ».
La mise en page de l’ouvrage est une invitation irrésistible à un voyage très particulier. Nous sommes baladés de splendeurs minérales, par leur puissance évocatrice tels les quatre premières agates et leurs horizons marins stupéfiants, en surprises sidérantes tel ce « visage de femme aux yeux bandés » (fig. 6). L’éditeur, pour mieux nous faire partager l’émotion de Caillois, n’hésite pas à imprimer en recto verso sur un papier très blanc, lisse, souple et résistant les agates dites Le soleil (fig. 52), Petit fantôme (fig. 101) ou Monocle et binocle (fig. 88) dans le format de la pierre, dont les dimensions exactes accompagnent toujours les titres. Fascinés, nous détaillons chacune de ces raretés et impossible de n’en choisir qu’une : nous sommes pris au jeu de la collection.
Une fois ébloui et rassasié par les reproductions de la collection, notre regard se porte sur les textes. À l’alchimie minéralogique fascinante correspond une écriture exubérante à l’enthousiasme méditatif communicatif. « Entre la fixité de la pierre et l’effervescence mentale, s’établit une sorte de courant où je trouve pour un moment, mémorable il est vrai, sagesse et réconfort. Pour un peu j’y verrais le germe possible d’une espèce inédite et paradoxale de mystique » (p. 215).
Agates, pierres aux masures, septaria, jaspe… toutes sont commentées avec fougue. « Plus l’image est inhabituelle précise incontestable plus la pierre est estimée. Celles qui procurent des simulacres rares et frappants sont merveilles et cumul de miracles. Elles ne devraient pas être et elles sont, à la fois impossibles et évidentes. Elles ne perpétuent que leur propre mémoire. […] Pierres plus âgées que la vie et qui demeurent, après elle, sur les planètes refroidies » tel Le vaisseau (fig. 73) Images archétypales, formes d’éternité, réminiscences immuables.
Ce livre est un coffre aux trésors tirés des abysses et mis à jour par une écriture lyrique et précieuse. Il invite à la contemplation des splendeurs arrachées au néant par la passion et nous offre un bonheur durable.
Odile Gasquet

Roger Caillois, La lecture des pierres, photos François Farges, Paris, Éditions Xavier Barral, 432 pages

 

 

 

L’Histoire en textes et en images

Romancées ou pas, voici un certain nombres d’histoires tirées de la grande Histoire et qui ont fourni de bons sujets à des auteurs de bd, tant pour le scénario que pour le dessin. Ils montrent une fois de plus quelle source d’inspiration constitue le passé, même si son interprétation n’apparaît pas toujours évidente et si sa mise en scène demeure sujette à controverses. Et ce n’est évidemment pas un hasard si on va retrouver à plusieurs reprises les mêmes réalisateurs…
Peña et Le Callet ont entrepris de réhabiliter Médée (Casterman) : voilà pourquoi elles n’hésitent pas à retourner Le couteau dans la plaie de la petite-fille du Soleil. On reste dans la famille avec Djian, Legrand et Ryser qui, pour la deuxième partie des Derniers argonautes (Glénat), emmènent le lecteur sur La mer du destin, évidemment agitée pour cette prolongation d’un des mythes fondateurs de l’Antiquité gréco-romaine. C’est à partir d’Homère, mais aussi de Denys d’Halicarnasse, de Tite-Live et de Virgile, qu’Adam, Boisserie, Convard et Penet — développant le projet du regretté Chaillet — entrent dans les origines de Roma (Glénat) avec un début consacré à La malédiction.
On franchit ensuite les siècles et les déserts pour suivre, en compagnie de Clot, Convard et Adam, Marco Polo à la cour du Grand Khan (Glénat) pour une prodigieuse reconstitution. Restons en Extrême-Orient avec Runberg et Zhifeng qui emmènent dans le Japon shogunal à L’ombre des shinobis (Glénat) pour un Premier rouleau. Retour entre l’Asie et l’Europe avec la belle et cruelle évocation de Soliman le Magnifique (Glénat / Fayard) par Bruneau, Mathieu, Loiseau et Pacurariu.
La France, maintenant. D’abord, celle de Saint Louis (Glénat / Fayard) grâce à Mariolle, Nikolavitch, Anheim, Theis et Cenni. Puis, à la fin du Moyen Âge, découvrons la deuxième partie de la série Je, François Villon (Delcourt), qui permet à Critone, sur les pas de Jean Teulé, de souhaiter la Bienvenue parmi les ignobles… Au lendemain de la Première Guerre mondiale, Nury et Alary conduisent Silas Corey (Glénat) vers Le testament Zarkoff plein de surprises. Peu après, à l’occasion de la guerre du Rif dans le nord du Maroc, Bedouel, Merwan, Defrance et Nury développent les quatre tomes, très originaux, de L’or le sang : L’appel du large, Inch’Allah, Les princes du djebel et Khalil. On peut alors plonger dans le troisième volume des Mystères de la Troisième République, à savoir le Complot fasciste, de Richelle et Wachs, puis dans le troisième des Mystères de la Quatrième République, Le bel automne des collabos, de Richelle et Buscaglia, tous parus chez Glénat. Il en est de même avec l’étonnant Kersten médecin d’Himmler : Perna et Bedouel en racontent le début dans Pacte avec le diable.
Achevons avec les États-Unis. Retrouvons ainsi Pinkerton (Glénat) de Guerin et Damour qui étudient dans ce tome le Dossier Massacre d’Antietam -1862. Éric Stalner, lui, entame Un long silence (Glénat) avec Le Pink Flamingo, juste à la fin du XIXe siècle. Demeurant à la même époque, mais dans un cadre qui n’est plus urbain et avec son frère Jean-Marc, il reprend l’œuvre de Nicolas Vanier pour faire découvrir le troisième volume de L’or sous la neige (12bis XO Éditions), Ici, tu es ce que tu fais. Enfin, Marc Védrines achève La main de Dieu. L’histoire secrète du FBI (Glénat), autrement dit celle de John Edgar Hoover, par le troisième et dernier épisode, L’usurpateur.
Gihé

Lire sur la Première Guerre mondiale

Bien sûr, on dira soit que le sujet s’avère inépuisable soit que l’on frôle l’overdose. Présenter, en effet, des ouvrages se rapportant à la guerre de 14-18 peut témoigner d’un manque d’imagination ou d’un suivisme sans originalité. En réalité, si l’on ne se satisfait pas des discours officiels et des commentaires journalistiques des multiples commémorations qui vont se poursuivre jusqu’en 2018, il faut bien reconnaître que la production actuelle permet d’éclairer des aspects méconnus voire inconnus du premier conflit mondial. Ces publications montrent aussi que l’Histoire reste toujours à écrire, car existent encore de multiples documents à trouver et à expliquer tandis que les historiens, sans tomber dans la paraphrase, ne doivent jamais hésiter à reconsidérer ce qui a été exposé auparavant.
Pour une appréciation globale et même un rapprochement avec notre époque, Stéphane Audoin-Rouzeau s’interroge : Quelle histoire. Un récit de filiation (1914-2014) (Paris, Éditions de l’École des Hautes Études en Sciences sociales / Gallimard / Le Seuil, 2013, 160 pages). Arnaud-Dominique Houte aide à comprendre La France sous la IIIe. La République à l’épreuve, 1870-1914 (n° 8101 de Documentation photographique, septembre-octobre 2014). La déchirure n’était pas si évidente, avec d’autres objets de préoccupation, comme le montre l’ouvrage réalisé sous la direction d’Hélène Lafont-Couturier présentant Les trésors d’Émile Guimet. Un homme à la confluence des arts et de l’industrie (Arles / Lyon, Actes Sud / Musée des Confluences, 2014, 272 pages). Pour rester dans la métropole rhônalpine, c’est aussi le moment où surgit, rappelée dans une étude sous la direction de Renaud Payre, Lyon ville internationale. La métropole lyonnaise à l’assaut de la scène internationale, 1914-2013 (Lyon, Libel, 2013, 288 pages).
Deux rééditions de Jean-Noël Grandhomme donneront les bases : Chronologie de la Première Guerre mondiale (Rennes, Ouest-France, 2014 [1re édition : 2002], 128 pages) et La Première Guerre mondiale en France (Rennes, Ouest-France, 2014 [1re édition : 2004], 32 pages). Après avoir accompagné Thierry Arminjon autour d’Henri Béraud et la guerre de 14 (Cahier Henri Béraud n° XXXV, printemps 2014, Loix-en-Ré, Association rétaise des amis d’Henri Béraud, 2014, 68 pages), on effectuera beaucoup de découvertes en compagnie de Sabine Francou et de Philippe Valode en entrant Dans l’intimité de la Grande Guerre… Les plus belles affiches de la Fondation Renaud (Lyon, Fondation Renaud / EMCC Éditions, 2014, 160 pages). De même on perçoit une réalité bien oubliée, même si elle se trouvait déjà minoritaire, dans l’étude conduite sous la direction de Jean-Baptiste Martin, Les poilus parlent patois. Documents dialectaux de Rhône-Alpes : un regard différent sur la guerre de 1914-1918 (éditions bilingue occitan / francoprovençal – français, Lyon, EMCC Éditions, 2014, 256 pages). Plus généralement, un regard est porté sur cette partie de la France dans 14 18. Du front à l’arrière. Notre région dans la guerre. Rhône, Loire, Haute-Loire, Ain, Jura… (Lyon, Le Progrès, 2014, 192 pages [foliotées de 3 à 194]). À l’autre extrémité de la France, Jean-Pascal Soudagne montre Les Bretons dans la guerre de 14-18 (Rennes, Ouest-France, 2014, 128 pages).
Grâce à Chantal Antier-Renaud, on retrouve Les soldats des colonies dans la Première Guerre mondiale (Rennes, Ouest-France, 2014, 128 pages), tandis que Laurent Dornel s’arrête sur Les étrangers dans la Grande Guerre (Paris, La Documentation française, 2014, 88 pages). Et comment oublier quelques destins extérieurs ? avec Christian Destremau, s’avance ainsi Lawrence d’Arabie (Paris, Perrin, 2014, 496 pages) tandis que Danielle Elisseeff fait revivre Puyi. Le dernier empereur de Chine (Paris, Perrin, 2014, 304 pages) et que reparaît, de Rosa Luxembourg, son analyse de La révolution russe (Paris, L’Aube, 2013 [1re édition : 1918], 64 pages).
Jean Étèvenaux

 

L’arrière-goût des bd

La bande dessinée est un produit qui doit pouvoir être dégusté. À l’instar d’un bon vin elle doit laisser des impressions successives, entre le premier contact qu’on établit avec un album pour le humer et les effluves qui vont demeurer après qu’on l’a reposé — ce qui peut d’ailleurs amener une seconde lecture, comme pour un deuxième verre. C’est dire que les aventures proposées par les auteurs supposent des approches différentes et provoquent des réactions diverses, variantes, d’ailleurs, selon les lecteurs.
Tout naturellement, on commencera par l’évocation de situations se déroulant dans le milieu viticole. Un nom se dégage, celui du scénariste Corbeyran qui, grappillant dans un roman déjà publié ou inventant tout lui-même, propose des chemins inattendus dans les vignobles. Ce très prolifique Marseillais sait comme pas un conduire dans des châteaux et des domaines où le rouge n’exprime pas forcément la couleur du vin… Avec Sandro au dessin, nous voici donc dans Le sang de la vigne pour une Mission à Haut-Brion. Avec Espé, on découvre Le classement des Châteaux Bordeaux. Avec Luca Malisan, la Toscane révèle ses mystères In vino veritas. Tous trois sont publiés chez Glénat.
Pour la 24e enquête de Jérôme K. Jérôme Bloche, Dodier montre son héros après avoir absorbé un très inhabituel double whisky, mais il en a bien besoin pour découvrir ce que cachait L’ermite (Dupuis). Quant à Spirou et Fantasio, leur 54e histoire officielle — indépendamment de quelques autres comptabilisées par ailleurs — mêle des plats plus ou moins épicés à des boissons variées mais fait transpirer, grâce à la collaboration de Yoann et Vehlmann, l’angoisse qu’éprouve Le groom de Sniper Alley (Dupuis), dans des situations à dire vrai assez convenues.
Malgré son nom, Soda n’est pas plus un représentant en boissons gazeuses que le pasteur d’une Église qu’il n’a créée que dans l’imagination de sa mère pour la rassurer. Sa treizième aventure, maintenant dessinée par Dan Verlinden, toujours sur scénario de Philippe Tome, aboutit à une curieuse Résurrection (Dupuis), derrière laquelle on voit apparaître certaines thèses complotistes… Restons aux États-Unis pour retrouver Corbeyran, travaillant cette fois avec Baggary et Chabbert : ils explorent le monde financier de Shadow Banking dans Le pouvoir de l’ombre (Glénat), avec évidemment au moins un cocktail.
Rodolphe et Marchal présentent, entre deux verres, La ville morte (Glénat), deuxième tome de Memphis, qui accumule les bizarreries, lesquelles ne sont manifestement pas terminées, qu’il s’agisse des traces d’Elvis Presley ou d’autre chose. En revanche, le tome 3 de Mexicana (Glénat) achève l’histoire transfrontalière imaginée et réalisée par Mars, Matz et Mezzomo et, là, il n’y a pas besoin que l’alcool coule à flots pour que s’alignent les cadavres.
Comme quoi la bd peut, elle aussi, laisser bien des arrière-goûts.
Gihé

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