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Historique des éditoriaux:

Editorial et articles de la dernière lettre numéro 94

  du 19/02/2019

Editorial :

  Comme tous les ans, on va parler de la francophonie, plus particulièrement lors de la semaine du 17 au 25 mars qui lui est consacrée. De nombreuses manifestations se tiennent alors, témoignant à la fois de la vitalité de la langue et de l’engagement de beaucoup d’acteurs et de structures. Les écrivains et les amis des lettres ne doivent pas craindre d’y participer et d’associer des activités existant par elles-mêmes, tels des salons du livre.
Les implications s’avèrent d’autant plus efficaces qu’elles se réalisent au niveau des personnes et des communautés concrètes. Autrement, on risque de s’enliser dans les beaux discours et les manœuvres politiques. On en a eu un exemple il y a quelques mois lorsque le gouvernement français, pour des raisons n’ayant rien de linguistique, a fortement poussé la candidature d’une ministre rwandaise au poste de secrétaire générale de la Francophonie, alors que son pays ne cesse de favoriser l’anglais au détriment du français.
Bien entendu, il convient de rester réaliste et de ne pas se gargariser des 88 États et territoires adhérents de l’Organisation internationale de la francophonie ni de croire que les habitants des pays où le français est langue officielle en sont tous d’excellents locuteurs. En revanche, il faut relever que notre langue joue un rôle de premier plan dans les échanges entre les nations et les personnes, malgré l’obligation que se font certains de parler un globish — autrefois on disait pidgin — rudimentaire…
Il faut sans doute surtout constater des évolutions positives pour la place du français. Ainsi, au Maghreb, malgré l’arabisation favorisée pour des raisons politiques ou religieuses, comme tout récemment dans la ville de Tunis, la proportion d’enfants scolarisés en français dépasse les 40 %. Dans les pays d’Afrique noire, il joue souvent un rôle d’unificateur et de moyen général de compréhension par rapport à toutes les langues locales. Bref, on peut estimer que tous ceux qui pratiquent le français dans le monde doivent dépasser les 200 millions.
Il reste à espérer que le « grand plan d'ensemble pour la promotion de la langue française et du plurilinguisme » lancé le 20 mars 2018 par le président de la République à l’Académie française ne finira pas dans les oubliettes de l’Histoire…

 

Coup de cœur pour un soleil

Violette Fris-Larrouy retrace d’une écriture alerte et précise la vie de Jean-Denis Attiret, missionnaire jésuite, devenu peintre de l’empereur de Chine, où il décède en décembre 1768.
Né dans le Jura, à Dole, en 1702, dans un modeste milieu d’artisans menuisiers et peintres de père en fils, son destin semble tracé. Plus intéressé par la peinture que la menuiserie, il commence des portraits que le marquis de Broissia, mécène passionné d’art et de religion, remarque. La protection du marquis lui permet d’obtenir une bourse sans laquelle il n’aurait pu partir à l’Académie de France à Rome, crée par Colbert.
À la mort de son père en 1733, il revient à Dole où l’attend la vie de ses aïeux. Par conviction religieuse et pour échapper à cette destinée, il rentre, à l’âge de 33 ans, au noviciat des jésuites d’Avignon en 1735. Il retrouve ses pinceaux pour décorer, des quatre évangélistes, la coupole de la chapelle Saint-Louis, faisant l’admiration de tous les novices. Lors de l’achèvement de ce travail artistique arrive de Pékin la lettre du père Parennin, ancien novice de cette maison, demandant de toute urgence un peintre pour la cour chinoise, où un nouvel empereur, Qianlong (1711-1799), quatrième souverain de la dynastie manchoue des Qing vient de monter sur le trône. C’est un grand collectionneur, peintre, calligraphe, poète, mais aussi un esprit curieux qui s’intéresse à ce qui vient d’Europe.
L’épopée de Jean-Denis commence page 25 et ne lâche pas le lecteur pendant les 200 pages de cette biographie documentée. Violette Fris-Larrouy déploie un vrai talent d’historienne et de romancière pour mêler grande et petite Histoire et rendre Attiret aussi talentueux et travailleur acharné, qu’attachant.
Nous embarquons à Lorient pour Macao où se déroule l’apprentissage de la langue et des usages de la cour impériale, strictement réservé aux personnalités nommées par l’Empereur en qualité de lettrés. Nous voyageons incognito de Canton à Pékin pour arriver au centre des rivalités entre missions portugaises et françaises. Attiret petit à petit franchit les obstacles qui le séparent de la personne de l’empereur pour devenir un de ses plus proches collaborateurs artistiques, contemporain de Giuseppe Castiglione (1688-1766). Il est le portraitiste attitré des personnages chers à l’empereur et de fresques historiques et guerrières des multiples conquêtes. Les lettres d’Attiret, séduit par le palais d’été du Yuangmingyuang, nous permettent de comprendre la conception confucéenne du jardin de la Clarté parfaite et des palais européens, splendeurs, tous aujourd’hui disparus.
Un voyage à ne pas manquer.
Odile Gasquet
Violette Fris-Larrouy, D’un soleil à l’autre. Jean-Denis Attiret, missionnaire jésuite peintre de l’empereur de Chine, Paris, Éditions de la Bisquine, 2017, 210 pages

 

Maximes recueillies dans des papillotes

- « L’appétit est la conscience du corps » (Alexandre Dumas)
- « Avant  de s’agrandir au-dehors, il faut s’affermir au-dedans » (Victor Hugo)
- « C’était si beau que j’ai fermé les yeux » (Yvan Audouard)
- « Bien-être : état d’esprit produit par la contemplation des ennuis d’autrui » (Ambrose Bierce)
- « Le bonheur n’est pas chose aisée. Il est très difficile de le trouver en nous. Il est impossible de le trouver ailleurs » (Bouddha)
- « Les choses ne sont pas bonnes parce qu’elles sont vieilles, elles sont vieilles parce qu’elles sont bonnes » (A. Toulouse)
- « La colère est comme une avalanche qui se brise sur ce qu’elle brise » (Sénèque)
- « Un bon croquis vaut mieux qu’un long discours » (Napoléon)
- « Il faut toujours bien faire ce qu’on fait, même une folie » (Honoré de Balzac)
- « Les folies sont les seules choses qu’on ne regrette jamais » (Oscar Wilde)
- « La véritable générosité donne sans espoir de retour » (Simon de Bignicourt)
- « Les vrais gourmands lisent en remuant les lèvres pour déguster les mots «  (Yvan Audouard)
- « L’humour est une disposition d’esprit qui fait qu’on s’exprime avec gravité des choses frivoles et avec légèreté des choses sérieuses » (Alfred Capus)
- « Une idée qui n’est pas dangereuse ne mérite pas d’être appelée une idée » (Oscar Wilde)
- « Ils ne savaient pas que c’était impossible, alors ils l’ont fait » (Mark Twain)
- « La jeunesse a cela de beau qu’elle peut admirer sans comprendre » (Anatole France)
- « La liberté est le droit de faire ce que les lois permettent » (Montesquieu)
- « Les plus beaux livres sont ceux qui n’ont jamais été écrits » (Anatole France)
- « La musique est la langue des émotions » (Emmanuel Kant)
- « Plus grand est l’obstacle et plus grande est la gloire de le surmonter » (Molière)
- « Qui parle sème ; qui écoute récolte » (Pythagore)
- « Il faut agir en homme de pensée et penser en homme d’action » (Henri Bergson)
- « Le plaisir se ramasse, la joie se cueille et le bonheur se cultive » (Bouddha)
- « La plus perdue de toutes les journées est celle où l’on n’a pas ri » (Nicolas de Chamfort)
- « Le sourire est une clef secrète qui ouvre bien des cœurs » (Baden-Powell)
- « Que celui qui n’a pas traversé ne se moque pas de celui qui s’est noyé » (proverbe africain)
- « Aux âmes bien nées, la valeur n’attend point le nombre des années » (Corneille)
- « Il faut toute la vie pour apprendre à vivre » (Sénèque)
- « Il n’y a rien de plus triste qu’une vie sans hasard » (Honoré de Balzac)
- « Hâte-toi de bien vivre et songe que chaque jour est à lui seul une vie » (Sénèque)
- « La vocation, c’est avoir pour métier sa passion » (Stendhal)
- « On s’étonne trop de ce qu’on voit rarement et pas assez de ce qu’on voit tous les jours » Mme de Genlis)
- « Le voyage est un retour vers l’essentiel » (proverbe tibétain)

Des bd entre le mythe et l’Histoire

La bande dessinée, dont l’un des avantages consiste à recréer le temps et à interpréter sa longueur voire à le dépasser par des uchronies et des imaginations, se meut avec aisance entre les faits historiques et les mythes. Les uns et les autres ne sont d’ailleurs pas si éloignés qu’on pourrait le croire : s’ils s’interpénètrent aussi facilement c’est parce qu’ils sont voisins et présentent souvent la même origine et, de surcroit, se nourrissent mutuellement. Dans chaque pays, le roman national en constitue un bel exemple, construit sur des réalités mais aussi sur les images et les interprétations qu’on en donne — et qui évoluent inévitablement.
On retrouve d’abord avec plaisir Les petits mythos (Bamboo). Pour leur neuvième aventure, Cazenove et Larbier leur font éprouver Les râteaux de la Méduse, agrémentés de huit pages illustrées sur la véritable mythologie, sans oublier les quatre de garde situant les personnages. Luc Ferry continue à nous plonger dans La sagesse des mythes (Glénat), avec le troisième tome de L’Iliade, dont La chute de Troie a été réalisée par Clotilde Bruneau et Pierre Taranzano, tandis que la même Clotilde Bruneau et Giulia Pellegrini mettent en scène Dédale et Icare. Deux autres aspects de l’Antiquité sont développés, d’abord par Corbeyran et Alexis Robin sur le thème des Amphores de Pompéi (Glénat), puis par Le Bollée et Régis Penet montrant comment Sylla exerça l’Imperium en Grèce contre le roi du Pont.
Changement d’univers, mais toujours un mélange d’Histoire et de mythologie, même vues de manières humoristique et parodique. Pour commencer, les frères Antoine et Matthieu Brivet font revivre les Vikings du VIIIe siècle dans un premier tome consacré à Harald et le trésor d’Ignir (Bamboo) où ne manquent ni le dragon des mers ni celui des terres. Nicolas Pothier et Marc Lechuga, eux, poursuivent l’étrange rencontre, au pays de Galles et surtout en Irlande, du christianisme et des sectateurs d’Odin à la recherche du Walhalla (Glénat), qui leur fait subir, pour ce tome 3, Un appel d’Eire.
Voici maintenant quelques épisodes hauts en couleurs. On débute avec l’incursion proposée par Corbeyran et Brice Goepfert chez Les moines de Bourgogne (Glénat), plus précisément dans leurs vignobles. Ensuite, le talentueux Milo Manara fait revivre la très complexe personnalité de celui qui reste Le Caravage (Glénat), dans un magnifique deuxième volume sur La grâce. Un autre personnage d’épopée revit dans Texel. Jean Bart (Glénat) grâce à Jean-Yves Delitte qui signe ainsi un nouveau volume des Grandes batailles navales. Quelques dizaines d’années après le règne de Louis XIV, voici, sous la plume d’Arnaud Delalande et le crayon d’Éric Lambert, le premier tome des aventures de Viravolta (Glénat), L’orchidée noire, d’après le roman historique du scénariste : une excellente connaissance de la période permet un assez joli récit de cape et d’épée.

Le XXe siècle ne se trouve pas en reste, avec quatre moments bien précis. On repart ainsi avec Jean-Yves Delitte, cette fois accompagné au dessin par Giuseppe Baiguera, pour l’évocation de Midway (Glénat), qui présente la particularité de s’attarder sur le vécu japonais de ce moment de la guerre du Pacifique. Ensuite, Patrick de Gmeline et Philippe Glogowski, préfacés par l’ancienne ministre Jeannette Bougrab, exposent sans fard ce qu’ont été les Harkis. Fidélité et abandon (Éditions du Triomphe). À l’autre bout du monde, du côté de Shanghai, à des criminels traditionnels font face des justiciers d’un genre nouveau qui se veulent les Héros du peuple (Glénat). On ne quitte pas complètement la Chine dans le tome 2 de Lady Di & me (Glénat), Un scandale de trop, avec la dessinatrice Yishan Li, le scénario étant assuré par Jean-Claude Bartoll ; d’ailleurs, le personnage principal aux côtés de la défunte princesse, Marie-Lihn, en vient aussi, avant de finir comme sa royale amie dans le cadre d’une intrigue très complotiste.
Gihé

 

Quelques livres sur l’islam

L’islam est devenu un sujet habituel de discussion quand ce n’est pas de préoccupation. Les livres présentés ci-dessous aideront à une approche théologique, historique et politique d’une  religion qui reste réputée pour son manque de distinction entre les sphères cultuelle et culturelle et sa difficulté à comprendre la laïcité telle qu’elle s’est instaurée en France.
On pourra aborder les bases de l’islam d’une manière non conventionnelle avec deux ouvrages qui le comparent aux autres grandes confessions mondiales. Samir Bouadi et Sébastien Dourver veulent ainsi aider à Bien choisir sa religion avant la fin du monde (Paris, Pygmalion, 2016, 304 pages), tandis que François Conod propose un Petit (mal)traité d’histoire des religions (Genève, Slatkine, 2016, 152 pages).
Pour remonter aux origines, deux universitaires britanniques étudient sa genèse conquérante au Haut Moyen Âge. Tom Holland emmène le lecteur À l’ombre de l’épée. Naissance de l’islam et grandeur de l’empire arabe (Paris, Éditions Saint-Simon, 2017 [édition originale : In the shadow of the sword. The battle for global empire and the end of the ancient world, New York, Anchor Books – Random House, 2012],  384 pages).

Robert G[erard] Hoyland entraîne, lui, Dans la voie de Dieu. La conquête arabe et la création d’un empire islamique VIIe et VIIIe siècles (Paris, Alma éditeur, 2018 [édition originale : In God’s Path : The Arab Conquests and the Creation of an Islamic Empire, Oxford, Oxford University Press, 2016], 366 pages). On y ajoutera l’étude du Marocain Youssef Hindi sur Occident et islam. Sources et genèse messianiques du sionisme de l’Europe médiévale au choc des civilisations (t. I, Alfortville, Sigest, 2016 [4e édition], X + 246 pages).
Sur la nature de l’islam, les visions n’apparaissent pas identiques. Feu le cardinal Carlo Maria Martini développait la thèse irénique des Fils d’Abraham. L’islam et nous  (Paris / Les Plans sur Bex, Parole et Silence, 2015, 118 pages).  

Claude Askolovitch, juif réputé islamophile, a exposé ses idées, avant Edwy Plenel, dans Nos mal-aimés. Ces musulmans dont la France ne veut pas (Paris, Grasset, 2013, 288 pages). Henry Fautrad, prêtre catholique, s’attache aux Musulmans. Comprendre, rencontrer, aimer. Essai pastoral pour un témoignage chrétien auprès des musulmans (Paris, Éditions Emmanuel, 2018, 228 pages) et Noël Tanazac, prêtre orthodoxe, propose L’islam en question. Approche historique et théologique (Paris, Liberté politique, 2018, 84 pages). Mentionnons aussi l’étude de Jean-Jacques Walter sur Les 2 islams. Islam des lumières contre islam radical. De A à Z les 88 points qui font débat (Paris, Éditions SW Télémaque, 2017, 256 pages). Quant au Saoudien Raif Badawi, il raconte : 1 000 coups de fouet parce que j’ai osé parler librement (Paris, Kero, 2015 [édition original en allemand : 2015], 64 pages).
La situation actuelle suscite un certain nombre de débats, à commencer par le statut de l’islam auquel certains voudraient appliquer l’ancien régime concordataire — d’où l’utilité de connaître Le droit local cultuel d’Alsace-Moselle. Analyse, textes et jurisprudence (Paris, Les Éditions des journaux officiels, 2013, 296 pages). Élisabeth Schemla a ainsi publié Islam, l’épreuve française (Paris, Plon, 2013, 272 pages). Jean-Pierre Bedou s’interroge : Quand Marianne se voile. Peut-on intégrer l’islam ? (Paris, Pierre Téqui éditeur, 2018, 200 pages). François Billot de Lochner livre la Chronique de l’islamisation ordinaire de la France (Paris, Pierre-Guillaume de Roux, 2017, 300 pages). Le dessinateur Jean Plantureux, connu sous le nom de Plantu, développe 10 bonnes raisons de ne pas me faire sauter. Entretien avec le recteur de la mosquée de Paris Dalil Boubakeur (Paris, Seuil, 2018, 192 pages). Gregor Mathias s’interroge sur La stratégie française de lutte contre le terrorisme islamiste. L’état des lieux de trois ans de lutte anti-terroriste (Paris, Balland, 2018, 198 pages). Enfin, témoin d’un enchevêtrement où ne jouent pas que des facteurs religieux, Jean Fleury décrit La France en guerre au Mali. Les combats d’Aqmi et la révolte des Touareg (Paris, Jean Picollec, 2013, 192 pages).
Jean Étèvenaux


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